11 février 2018

YOUNG MARBLE GIANTS : Live at Western Front


Visionné la première fois sur vimeo.com en mai 2017
Réf : [sans] -- Diffusé par Western Front Archive en 2016
Support : 1 fichier flv
15 titres

La collection 33 1/3, ce sont des petits livres dédiés à un album important (j'ai chroniqué ici le volume sur 69 love songs).
Parmi les disques qui méritent un tel traitement, Colossal youth de Young Marble Giants a bien sûr toute sa place. C'est un grand disque, d'une extrême originalité, et pendant longtemps on a su finalement peu de choses sur les conditions de création de cet unique album du groupe.
Je n'ai pas (encore) acheté, et donc pas lu ce livre. Mais, à l'occasion de sa publication, l'éditeur a publié en mai dernier sur le blog de la collection cinq chroniques autour du groupe, et la dernière de ces chroniques présentait un document inestimable, la vidéo intégrale d'un concert de Young Marble Giants à Western Front à Vancouver, le 6 novembre 1980.
Si on met de côté la reformation des années 2000, Young Marble Giants sur scène c'est une petite quarantaine de concerts en 1979-1980, surtout au Royaume-Uni, avec à l'automne une tournée aux États-Unis après laquelle le groupe s'est séparé.
Pour les français, il y a eu un concert unique, le 17 juin 1980 aux Bains-Douches. La petite salle était sûrement pleine à craquer, mais ce concert a eu des milliers d'auditeurs supplémentaires puisqu'il a été retransmis en direct dans l'émission Feedback de Bernard Lenoir. J'avais enregistré l'émission sur une cassette Agfa orange, que j'ai toujours quelque part au grenier, et j'avais notamment découvert avec ce concert une chanson du groupe que je ne connaissais pas, Ode to Booker T., que j'ai mis des années à pister. Elle est incluse dans la dernière réédition en date de l'album chez Domino, mais je m'en veux encore de ne pas avoir acheté quand je l'ai eue en main dans la cave du Record and Tape Exchange de Notting Hill Gate la compilation Is the war over ? sur laquelle elle a initialement été publiée, avec Searching for Mr. Right. Aujourd'hui, plutôt que d'aller farfouiller au grenier, on peut télécharger ce concert chez Die or DIY ?.
Par la suite, une vidéo a été publiée, qui documente les deux ultimes concerts du groupe au Hurrah! de New York, les 21 et 22 novembre 1980. Cette vidéo a été rééditée en 2004 par Cherry Red, en DVD mais aussi en disque.
C'est un document intéressant, mais c'est un concert "normal" : le son n'est pas génial, l'image plutôt floue il y a des jeux de lumières, le public est bien là et se fait entendre.
C'est très différent de la vidéo tournée deux semaines plus tôt à Vancouver. L'image est en noir et blanc, tournée par une seule caméra. On est dans un centre d'art : pas de scène, pas de jeux de lumières. Le public est là (assis ou debout, on ne le saura jamais car on ne le voit pas) mais il est très discret.
Ambiance intimiste, donc, et conditions parfaites pour une expérience improbable.
Pourquoi ? Parce que, si nous sommes nombreux à penser que Colossal youth est un album très fort et très original, on sait très bien que ce qui produit ce genre de disque est le résultat d'une alchimie très particulière, fragile et mystérieuse (sinon, elle pourrait facilement se reproduire). La musique de Young Marble Giants aurait pu muter en rock and roll (il suffit d'écouter Brand-new-life pour s'en convaincre) ou devenir de la muzak ordinaire (voir le Testcard E.P.). Colossal youth (et aussi le 45 tours Final day), c'est comme une barbe à papa géante achetée sur une fête foraine : elle est superbe, volumineuse et aérienne, mais elle est fragile et il suffirait de quelques gouttes d'une averse d'été pour qu'elle disparaisse et qu'il n'en reste plus qu'un peu de sirop de sucre sur la bâton. Heureusement, il n'a pas dû pleuvoir lorsqu'ils ont fait l'album, et à Vancouver non plus. Car ce qui est magique avec ce concert à Western Front, c'est qu'on a l'impression de revivre en direct la création de Colossal youth au studio Foel au fin fond du Pays de Galles, un enregistrement qui a duré cinq jours, dont vingt minutes en moyenne pour mixer chaque titre.
Là, avec un minimum d'ingrédients (des bières, des cigarettes, des manteaux qu'on enlève au bout de quelques chansons, la voix d'Alison Statton et plus rarement celle de Stuart Moxham, la boîte à rythmes pré-enregistrée manipulée par Philip Moxham, quelques mots échangés avec le public - des remerciements et des titres de chansons, surtout, mais on apprend que Choci loni a été inspirée par un cow-boy fictif - et deux instruments pris au choix parmi les trois que sont la basse, la guitare et l'orgue, Final day étant la seule chanson sans basse), le groupe réussit à conserver sur scène tout ce qui fait la qualité de Colossal youth, en interprétant onze des quinze titres de l'album, plus les trois de Final day et Ode to Booker T..
Je n'ai pas eu l'occasion de voir Young Marble Giants sur scène, mais après avoir vu ce document, je n'ai plus de regrets à avoir car c'est probablement uniquement ce soir de novembre 1980 à Vancouver que toutes les meilleures conditions étaient réunies pour voir le groupe sur scène.

La liste des titres joués :
  • N.I.T.A.
  • Eating Noddemix
  • Choci Loni
  • Radio Silents
  • Music for Evenings
  • Colossal Youth
  • Salad Days
  • Ode to Booker T.
  • Searching for Mr. Right
  • Credit in the Straight World
  • Brand - New- Life
  • Wurlitzer Jukebox !
  • Include Me Out
  • Final Day
  • Cakewalking

04 février 2018

KING CREOSOTE : For one night only


Acquis au Record and Tape Exchange de Notting Hill Gate à Londres le 21 janvier 2018
Réf : RUG608CDP -- Édité par Domino en Angleterre en 2014 -- For promotional use only / Not for sale - This promotional cd remains the property of Domino Recording Co. Ltd & must be surrendered upon request.
Support : CD 12 cm
Titre : For one night only

L'Eurostar ne partait qu'assez tard dans l'après-midi et, de nos jours, la majorité des magasins de Londres ouvre le dimanche. Alors, sous une grosse averse de pluie et de neige mêlées, on a pris le bus pour aller à Notting Hill Gate visiter la dernière boutique Music and Video Exchange du quartier, qui, historiquement, est aussi être la toute première je crois.
Le temps m'étant quand même compté, j'ai snobé les vinyls chers du rez-de-chaussée et passé rapidement en revue les CD à 1 £ avant de foncer à la cave voir le rayon qui justifiait ma visite, celui des CD singles soldés. Et coup de bol, au lieu d'être à 50 pence comme d'habitude, ils étaient bradés à 10 pence !
J'ai tout écrémé, en essayant d'être assez strict (pas de CD-R avec juste une feuille blanche imprimé maison comme pochette), mais je suis quand même sorti de là avec 53 disques dans ma besace, dont beaucoup de promos hors commerce, répartis entre des groupes que que je suis de près ou que je connais de nom (Clem Snide, De La Soul, Mogwai, M. Ward, Ezra Furman, Belle and Sebastian, The Supernaturals, The Spinto Band, etc., etc.) et des coups de filet au petit bonheur la chance (Zouloulectric, The Voluntary Butler Scheme, Scumbag Philosopher,...).
Cette orgie de disques a également été l'occasion de compléter ma collection de disques promo du label Domino et de sa filiale Double Six : j'ai récupéré des CD de Steve Mason, Owen Pallett, Quasi, The Kills, Malachai, Psapp, ainsi que deux singles 1 titre de King Creosote, dont celui qui nous intéresse aujourd'hui, et même une compilation 5 titres, Cosmic American music... for the 21st century, avec Jim O'Rourke, Papa M et Silver Jews.
Kenny Anderson, alias King Creosote, est un écossais prolifique, originaire du comté de Fife, comme son ami James Yorkston. En 2011, l'album Diamond mine en collaboration avec Jon Hopkins a été très remarqué.
J'avais déjà quelques disques isolés de King Creosote, mais jusqu'à présent aucun ne m'avait jamais vraiment emballé.
Comme souvent avec les promos Domino, il faut savoir qu'aucun single For one night only n'a jamais été commercialisé. Il y a eu de la promotion, une vidéo a été diffusée, mais on ne trouve ce titre que sur l'album From Scotland with love, un disque un peu particulier car les onze chansons qui le composent constituent la bande sonore du film du même titre, un documentaire "poétique", financé dans le cadre de l'accueil des Jeux du Commonwealth par l’Écosse en 2014, qui est constitué d'images d'archives, sans narration ni entretiens. Les chansons y tiennent donc une grande place.
Pour For one night only, le thème est de sortir et de s'éclater le week-end. Logique donc, que ce soit l'un des titres les plus enlevés de l'album.
Je n'ai évidemment pas encore fini d'écouter mes 53 disques, même s'ils sont très courts pour la plupart. J'espère y trouver d'autres perles, et je sais qu'après ça je vais avoir du mal à me réhabituer à payer mes disques plus de 20 centimes !

Le dernier album en date de King Creosote est Astronaut meets Appleman. From Scotland with love est toujours disponible chez Domino.






King Creosote, For one night only, en direct pour l'émission Daily Record de BBC Scotland, en 2014.


King Creosote, For one night only, en public au BBC 6 Music Festival, le 22 février 2015.


L'autre single de King Creosote acheté le même jour, lui aussi extrait de From Scotland with love. Très belle pochette et Something to believe in est une très belle chanson, mais j'ai opté pour la plus entraînante des deux.

02 février 2018

AMAZING GRACE CHRISTIAN SANCTUARY CHOIR : No condemnation


Acquis chez St Vincent's à Dalston le 20 janvier 2017
Réf : [AMGRACECD001] -- Édité par Amazing Grace Christian Sanctuary Choir en Angleterre probablement dans les années 2010
Support : CD 12 cm
Titres : Gbogbo aye ni o royin re fun olore -- Oluwa mbo Aiye o mi -- Adura mi oni -- Kosi idalebi (No condemnation) -- God is a miracle worker

Sur Kingsland Road à Dalston, il y a à un endroit trois boutiques caritatives à quelques mètres l'une de l'autre. Et, comme quoi on ne peut jamais sûr de rien, à chacun de mes passages c'est dans l'une ou l'autre de ces boutiques que j'ai fait mes meilleurs achats. En 2015, c'est chez Oxfam que j'avais acheté un paquet de CD, dont un de Lambchop, dans leur grand rayon à 1 £ pièce (qui a bien rétréci depuis). En 2016, coup de bol juste à côté chez Human Relief Welfare, où on me propose de faire mon choix dans un carton de disques à 50 pence pas encore mis en rayon : j'en suis ressorti avec une vingtaine de CD, à commencer par un David Grubbs.
Cette année, c'est dans la boutique du St Vincent's Hospice, où j'avais acheté un Raveonettes en 2015, que j'ai trouvé une dizaine de CD à 1 £ les deux, dont des disques de A House ou Death in Vegas. Quand j'y suis tombé sur ce disque de l'Amazing Grace Christian Sanctuary Choir, que je ne connaissais évidemment pas, je l'ai examiné attentivement. Un beau digipack en état neuf, visiblement une auto-production. Clairement, je savais que ce seraient des chants religieux, et je n'aurais sûrement pas pris ce disque s'il avait été plus cher, où si je n'avais pas noté que la plupart des titres des chansons étaient dans une langue africaine (il s'est avéré que c'est du yoruba, une langue parlée notamment au Nigeria).
Dès que j'ai écouté les premières notes de Gbogbo aye ni o royin re fun olore, j'ai su que j'avais bien fait de le prendre : à part quelques notes de synthé qui font un peu peur dans l'intro, c'est de la chanson religieuse, certes, mais surtout de la musique africaine dans un style qui me plaît, avec guitares électriques et percussions. Bon, la greffe est un peu bizarre quand, au bout d'une minute, ils se mettent aussi à chanter Amazing grace, mais ça finit par prendre et la chanson continue son cours, avec des appels et réponses entre les chanteurs principaux et la chorale :


Amazing Grace Christian Sanctuary Choir : Gbogbo aye ni o royin re fun olore.


Avec cinq titres, j'avais pensé acheté un maxi, mais en fait c'est un album de 55 minutes !. Le premier titre dure 9 minutes, et les deux suivants, tous les deux excellents (mon préféré est Adura mi oni, soit C'est ma prière aujourd'hui), durent respectivement 15 et 20 minutes, suffisamment longtemps pour entrer en transe ! Les deux derniers titres, de 5 minutes chacun, sont plus "classiques" : Kosi idalebi (No condemnation) est une belle chanson lente, et God is a miracle worker innove, avec un rappeur et un effet vocoder sur la voix d'un des chanteurs. Une excellente trouvaille !
Ce disque est d'un côté complètement anglais, puisque l'Amazing Grace Christian Sanctuary est situé à Dagenham, dans la banlieue de Londres, et l'enregistrement s'est fait à Stevenage, dans le Hertfordshire. Mais il est tout autant nigérian puisque, outre le chant en yoruba, le Nigeria est le pays où a été fondé la Christ Apostolic Church, à laquelle l'Amazing Grace Christian Sanctuary est affilié.
Il clair que ce disque est assez récent. Je me doute qu'il n'a été distribué que dans la communauté proche du Sanctuaire, mais je m'étonne quand même d'avoir complètement fait chou blanc quand j'ai cherché en ligne des informations à son sujet. Mais ça n'en rend la découverte que plus précieuse.

28 janvier 2018

CORNERSHOP : Motion the 11


Acquis chez Reckless Records à Londres le 19 janvier 2018
Réf : [ROOT 018] -- Édité par Bilbao [Wiiija] en Angleterre en 2001
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Motion the 11 -/- Motion the 11

J'étais à Londres la semaine dernière pour un très court séjour.  A un moment, je me suis retrouvé dans Oxford Street et j'en ai bien sûr profité pour pousser dans Berwick Street. Je n'ai pas exploré la rue de bout en bout, mais j'y ai trouvé deux disquaires survivants (en attendant la réouverture annoncée pour cet été de Music and Video Exchange).
Chez les deux, je ne me suis intéressé qu'aux soldes. J'ai trouvé un CD chez Sister Ray et quelques 45 tours chez Reckless.
J'ai rigolé doucement en entrant chez Reckless, dans l'allée entourée de 33 tours qui mène jusqu'au comptoir : presque tous les mètres, il y avait une affichette punaisée sur les rayons pour indiquer que, désolés, mais ils ne disposaient pas de platine pour écouter les disques. Autrement dit, le vinyl c'est notre business et on n'a pas attendu la nouvelle vogue pour s'en préoccuper, mais au moins ça nous permet de vendre nos disques encore plus cher, mais en tout cas, venez pas nous emmerder à vouloir écouter/tester ce qu'on vous vend à prix d'or, surtout vous les touristes !
Au comptoir, il y avait deux boîtes de 45 tours reggae jamaïcains. Je les ai regardés rapidement, sans illusion car, d'expérience, je savais d'emblée que les 45 tours, même s'ils avaient l'air antiques, seraient plutôt années 1990 qu'autre chose, et qu'il n'y aurait aucun titre ou artiste que je connaîtrais.
Rien pour moi, donc, mais ça m'a mis dans l'ambiance pour la suite, quand j'ai passé en revue les deux boites de 45 tours non-reggae soldés, à 50 p ou 1 £ pour la plupart.
Assez vite, je suis tombé sur un premier exemplaire de ce 45 tours, et je me suis dit que c'était assez réussi : tout était bien fait pour que ça ressemble à un 45 tours jamaïcain : la pochette neutre blanche, le gros rond central à l'américaine ou à la française plutôt que le petit à l'anglaise, le choix de couleurs de l'étiquette, et même les mentions (inventées) du label et de l'éditeur. On aurait pu croire que ce disque avait été déclassé de l'autre boite, sauf que le titre, Motion the 11, je le connaissais pour le coup, puisque c'est l'une de mes chansons préférées de l'album Handcream for a generation de Cornershop.
Quelques instants plus tard, je suis tombé sur un deuxième exemplaire, celui que j'ai acheté, bien sûr, qui contenait un communiqué de presse donnant quelques détails sur ce 45 tours :



Ce disque marquait donc le "retour" de Cornershop avant la sortie l'année suivante de l'album. Ce n'était pas le single officiel extrait de l'album (ce sera Lessons learned from Rocky I to Rocky III), mais un 45 tours "extrêmement limité", volontairement anonyme, qui je suppose n'a pas été beaucoup distribué en-dehors des envois de promotion à la presse et des soirées Ital, que Cornershop organisait et où ils jouaient les DJ.
Si, comme moi, vous vous demandez ce que ça peut signifier Motion the 11 (Faire bouger le 11), eh bien sachez que, selon Popmatters, ça désigne la figure de danse où l'on met les deux bras en l'air et on les fait aller d'avant en arrière. Et, quand on le sait, on peut effectivement visualiser un 11 mobile !
On trouve deux versions de Motion the 11 ici qui, fondamentalement, sont le même enregistrement que la version de l'album. Sur la face A, la chanson est considérablement réduite. Sur la face AA (la version utilisée pour la vidéo), on a quasiment la version album en entier, y compris le passage au début où l'un des chanteurs fait tout arrêter en demandant à l'ingénieur du son de bien veiller à tout enregistrer dès qu'il est au micro, car avec lui on ne sait jamais, la bonne prise peut arriver à tout moment.
Motion the 11 est à la base un titre roots reggae, avec bien sûr une basse énorme, de vrais cuivres et des claviers. Il y a Tjinder Singh au chant avec deux invités, Jack Wilson et Kojak du groupe The Nazarites. C'est excellent, dynamique et dansant. Ça vaut largement les meilleurs collaborations de The Clash avec Mikey Dread.
Comme Handcream for a generation s'est beaucoup moins vendu que son prédécesseur When I was born for the 7th time, c'est un album que l'on trouve facilement pour pas cher et que je vous conseille fortement.
Et c'est presque sans surprise que j'ai découvert que la vidéo pour Motion the 11, une compilation d'images documentaires sur la Jamaïque, débute avec des plans pris dans une usine de pressage de disques et chez un disquaire.



14 janvier 2018

ENSEMBLE DE DANSE ET ORCHESTRE EMY DE PRADINES : Vaudou - Musique de Haïti


Acquis à Ay le 9 mai 2014
Réf : CR 300 -- Edité par Concerteum en France en 1956
Support : 33 tours 30 cm
10 titres

Haïti a été dans l'actualité cette semaine parce qu'une sous-merde puissante l'a traité, ainsi que d'autres, de "pays de merde". Il n'y a pourtant pas à étudier longtemps la question pour savoir que, de tous temps, si les gens quittent en masse une région pour se réfugier ailleurs c'est tout simplement parce qu'ils sont dans la merde. Et la seule chose à faire c'est de les accueillir et leur porter secours.
Si je me suis replongé dans la musique d'Haïti cette semaine, c'est pour une autre triste raison : j'ai appris par un message diffusé par Stéphane Deschamps la mort à 99 ans le 4 janvier d'Émerante de Pradines Morse.
Et là, j'ai très vite eu des regrets. En effet, j'ai ce disque d'elle depuis 2014, et j'ai failli le chroniquer au moins deux fois. La première, quand je l'ai acheté, mais j'ai fait alors le choix de me pencher sur le 25 cm de Sir Lancelot, acquis le même jour, qui a la même illustration de pochette. Et l'année suivante, encore, j'ai acheté et chroniqué le disque de Martha Jean Claude, qui a deux chansons en commun avec celui-ci. Je l'ai alors ressorti et réécouté, mais pas chroniqué, notamment pour ne pas faire trop doublon avec le Martha Jean Claude.
Pas un instant je n'ai pensé à me renseigner sur Emy de Pradines et à vérifier si elle était vivante. Avec un disque enregistré en 1953, j'ai dû penser que la probabilité était qu'elle était décédée depuis longtemps. Grave erreur, car elle était vivante, et bien vivante, comme le montre par exemple le documentaire ci-dessous. Et je m'en veux car, à tout prendre, je préfère chroniquer des disques de mes contemporains plutôt que de m'en servir comme des notices nécrologiques !
"Emy de Pradines est la fille d'un compositeur et poète haïtien très populaire qui écrivit des vers et de la musique sous le nom de Candiau. Bien qu'elle ait chanté et dansé depuis l'âge de trois ans, elle ne sait pas lire les notes. Ce qu'elle chante, elle l'a appris par tradition. Elle connaît admirablement son île natale, dont elle a visité les endroits les moins explorés."
C'est la présentation qu'on peut lire au dos de la pochette de ce disque. 
Le nom de son père était Auguste de Pradines. Son nom d'artiste s'écrit aussi Ti Candio ou Kandjo. Au-delà de ce disque, Emerante de Pradines, qui a épousé un historien américain, Richard McGee Morse, a eu un parcours artistique des plus variés, résumé dans le titre d'une brochure biographique qui lui a été dédiée en 2016 par Florienne Saintil, Emerantes de Pradines Morse : Chantѐz, dansѐz, aktris. Elle a aussi fondé avec son mari l'Institut haïtien de l'Amérique Latine et des Caraïbes, dont le but est l'étude de la culture et des institutions de la Caraïbe.
La lignée se poursuit, puisque son fils Richard Auguste Morse a fondé en 1990 avec son épouse Lunise le groupe de "vaudou rock" RAM.
Cet album a initialement été publié aux États-Unis en 1953. En-dehors des enregistrements collectés lors de cérémonies, je crois que la particularité de ce disque est d'être l'un des premiers enregistrements en studio de musiques et chants vaudou.
Voici la présentation qui en est donnée dans les notes de pochette :
"L'histoire des airs et danses enregistrés sur le présent disque commence en décembre 1492, lorsque Christophe Colomb fonda une petite colonie dans l'île de Haïti, au sud-est de Cuba. Haïti comptait alors quelque 400.000 habitants, en majorité des indiens Arowak. Cinquante ans plus tard, le régime d'exploitation espagnol avait réduit les indiens à 200; il fallut repeupler la colonie et, pour ce faire, on fit venir des Noirs africains. On en fit venir de partout, du Congo comme du Dahomey, d'Ibo comme de Nago, de Mandingue comme de Rada. Bientôt, la population noire dépassa des Blancs et ce qui restait des Peaux-Rouges. Les diverses cultures se confondirent. La civilisation haïtienne d'aujourd'hui est à prédominance africaine, mais fortement influencée par les Français. Ces mêmes caractéristiques se retrouvent dans les danses et la musique de l'île. Il est bon de rappeler à cette occasion que c'est le français qu'on parle à Haïti."
On trouve sur ce disque la première version sur disque de Choucoune enregistrée par un chanteur haïtien, avant la version de Martha Jean Claude, donc. Les paroles, adaptées d'un poème d'Oswald Durant, sont très belles (poème en français). La version qui en est donnée ici est très émouvante.
C'est l'un des sommets du disque, mais les grands moments sont nombreux, à commencer par Erzulie, une version d'Erzulie nennen o, une chanson composée par son père. Conformément au souhait de son père, Emy n'a commencé à chanter Erzulie qu'après le décès de celui-ci. La première partie de la chanson est calme, puis le rythme s'emballe. Pas étonnant, puisque la chanteuse a été possédée par la déesse Erzulie, comme expliqué en note : "Erzulie est la déesse de l'amour spirituel. Elle est bonne et ne fait de mal à personne. La chanteuse invoque la déesse jusqu'à ce que celle-ci entre en elle et la possède. Alors, vêtue de ses plus beaux habits, parée de tous ses bijoux et parfumée, la "possédée" essaie d'imiter Erzulie".
Beaucoup plus calme, il y a en ouverture de la face B, la berceuse Dodo titi maman. C'est Emerante de Pradines elle-même qui l'accompagne à la guitare, comme elle le fait sur tout le disque. Parmi les autres titres, j'aime beaucoup aussi Negress Quartier-Morin, I man man man et Panamam tombé.
Je n'ai pas trouvé en ligne d'extraits de cet album. Choucoune a été inclus par le label Frémeaux sur la compilation Haiti - Meringue & Kompa 1952-1962. Sur le même label, cinq autres titres de l'album sont sur Haiti Vodou, folk trance possession - Ritual music from the first black Republic 1937-1962. Espérons que, parmi les manifestations qui étaient d'ores et déjà prévues pour marquer le centenaire de la naissance d'Emerante de Pradines en septembre 2018 pourra se glisser la réédition complète de ses deux albums parus en 1953, le deuxième étant Original meringues.

Cet album a été réédité en France dans les années 1950 par Lafayette Records, sous le titre Magie des Caraïbes et attribué à Moune de Saint-Domingue et son Ensemble.



13 janvier 2018

BIFF BANG POW ! : Love's going out of fashion


Offert par Alan McGee sûrement par correspondance en 1986
Réf : CRE 024 T -- Édité par Creation en Angleterre en 1986
Support : 45 tours 30 cm
Titres : Love's going out of fashion -- Inside the mushroom -/- It happens all the time -- In the afternoon

Mes aventures discographiques avec mes amis de Biff, Bang, Pow ! sont encore plus variées que je le pensais.
Il y a le premier album Pass the paintbrush, honey qui m'est dédié. Il y a le deuxième album The girl who runs the beat hotel, sur lequel on entend ma voix. Il y a le 45 tours Someone stole my wheels, qui m'est crédité (sans que j'ai participé à son enregistrement) et le 45 tours suivant, un instrumental dont le titre, The whole world's turning Brouchard, mentionne mon nom.
C'est déjà beaucoup, et plus que je n'aurais jamais rêvé. Mais l'autre jour, en fouinant sur Discogs, j'ai redécouvert que, avec le maxi 45 tours Love's going out of fashion (et seulement le maxi, pas le 45 tours), j'avais aussi eu l'insigne honneur d'être mentionné dans le message gravé à même le vinyl, entre la fin du sillon et la rondelle. Sur la face A, on peut ainsi lire "JC Brouchard A Hauw Hauw Hauw". La bonne blague !
C'est aussi le premier disque sur lequel le Non Stop Movement de BBP! est domicilié chez moi à Reims. Ça m'a valu au fil des années des échanges et des amitiés avec des fans du monde entier.
Ce message s'explique en partie par le fait que j'étais présent en studio pendant l'enregistrement de ce disque, en tout cas pendant deux jours, les 10 et 11 novembre 1985. Et je ne pense pas qu'il y en ait eu d'autres pour cette session. Le message sur la face B, "Just Give Me 3.500 And That Will Pay For Everything", pourrait très bien faire référence au budget total de ce disque, ou même de plusieurs de Creation à cette époque !
Le studio Alaska, qui a fermé tout récemment, était utilisé par Creation notamment parce que c'était l'un des moins chers de Londres.
Après avoir sorti toute une série de disques uniquement en 45 tours, Creation s'est mis à sortir des maxis parce que, avec un titre en plus et une pochette couleurs, ces disques se vendaient avec une bien meilleure marge. Parmi les premiers sortis par le label (Million tears, Up the hill and down the slope, Cold heart, Crystal crescent), celui-ci fait partie des classiques, et c'est aussi celui de Biff, Bang, Pow ! qui a eu le plus de succès (9 semaines dans les classements des ventes des Indépendants à partir d'avril 1986, avec un sommet à la 6ème place), parce qu'il est excellent, et sûrement aussi parce qu'à cette époque la réputation d'Alan comme patron de label n'interférait pas encore trop avec celle de son groupe.
La photo de pochette, à la Factory, plein cadre sans aucune mention d'artiste ni de titre au recto, tranche avec le style habituel des pochettes du label.
La photo d'Yvonne, alors l'épouse d'Alan, a dû être prise par Luke Hayes, de Chromatone Design et de Revolving Paint Dream. Sur la pochette du 45 tours, c'est une autre photo, en monochrome, et on voit que c'est un livre d'art qu'Yvonne compulse. La tulipe fanée fait peut-être référence à l'amour qui passe de mode du titre principal.



La session de novembre 1985 était prévue pour un album, 16 velvet Fridays, qui n'a jamais vu le jour. Tous les titres ont fini par être publiés, il me semble, à une seule exception, et ce n'est sûrement pas un hasard, I need optimism, une chanson pour laquelle Yvonne, une de ses copines et moi-même avions enregistré des chœurs, largement entrecoupés de fou-rires. 
Sur ce disque, je pense que les musiciens présents sont Alan, Dick Green, Dave Evans, Ken Popple, ainsi que Joe Foster à l'harmonica et à la guitare. Je n'ai pas le souvenir qu'Andrew Innes et Christine Wanless aient participé à cette session, même si j'ai l'impression que j'entends la voix d'Andrew dans les chœurs.
Dans ma chronique de The girl who runs the beat hotel, j'avais essayé de faire le point des titres enregistrés lors de cette session. Love's going out of fashion était sans conteste l'un des meilleurs du lot. Il s'est retrouvé en face A de ce single, puis plus tard sur l'album.
Je m'attendais à ce que la production cheap ait mal vieilli, mais ce n'est pas le cas. Au contraire, je me rends mieux compte aujourd'hui que l'instrumentation sur cette chanson est plus travaillée que sur les autres chansons du groupe, avec les guitare (dont une 12 cordes, je pense) qui se mêlent et qui se répondent avec l'harmonica de Joe. Surtout, il y a une dynamique très forte et très particulière dans le rythme de cette chanson, entre le chant d'Alan et la musique. Les paroles sont très bien, et assez originales pour une chanson d'amour, de "It's just emotion, is it love or simply just affection ?" à "Is it over or are we just testing each other now ?". Malgré tout ce qui a suivi, ça reste l'une des meilleures chansons publiées par le label.
Inside the mushroom, sans surprise vu le titre, est un titre psychédélique, qui pour le groupe s'inscrit dans une lignée qui comprend A day out with Jeremy Chester et Five minutes in the life of Greenwood Goulding.
Les deux titres de la face B ont des historiques un peu compliqués. Pour It happens all the time, il s'agit de la premère version, de novembre 1985 donc, chantée par Alan. C'est une très belle chanson sur un tempo moyen. Je n'en ai trouvé en ligne qu'une version trafiquée et ralentie. La version de septembre 1986 est chantée par Christine et est parue en 1988 en face B du maxi She paints. Elle a aussi été retravaillée pour le très velvetien Elektra's crying loaded in the basement sur le Mother watch me burn de Revolving Paint Dream.
Il existe aussi trois versions publiées de In the afternoon. Celle-ci, chantée par Alan, est très psychédélique aussi, avec une batterie qui m'évoque un peu Joy Division. Avant ça, il y avait eu la version chantée par Christine,, en face B du Flowers in the sky de Revolving Paint Dream dès 1983. Et aussi, courant 1984, une version chantée par Alan mais créditée à Revolving Paint Dream, en ouverture de la compilation Whaam! All for art and art for all !.
Je n'ai pas tous les jours l'occasion de réécouter les disques de Biff, Bang, Pow ! mais, après plus de trente ans je continue de les apprécier, et je comprends pourquoi j'ai été attiré par tous ces groupes découverts lors des concerts à au Living Room club.

LinkWithin

Linkwithin