18 novembre 2017

FRANKIE VALLI : Can't take my eyes off you


Acquis chez Hervé L. à Épernay le 24 juillet 2017
Réf : B304.139F -- Édité par Philips en France en 1967
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Can't take my eyes off you -/- My funny valentine

Chez Hervé L. l'été dernier, je n'ai pas acheté que des disques des îles de l'Océan Indien (Marie-Josée et Roger Clency, Michou) ou d'Afrique (Goguin Hounzinmé). Non, comme ses goûts, sa collection était très variée et j'ai ramené des 45 tours français ou étrangers de toutes époques, dont celui-ci, l'édition originale française de Can't take my eyes off you de Frankie Valli.
Cette chanson est devenue un classique et elle a été reprise des centaines de fois mais, très bizarrement, je n'ai quasiment jamais eu l'occasion d'écouter cette version originale, qui a connu un très gros succès dès sa sortie aux États-Unis.
C'est par des reprises que j'ai connu cette chanson, à commencer par celle, version disco, de Boys Town Gang en 1982. J'ai vu le 45 tours des milliers de fois dans les bacs des vide-greniers (sans jamais l'acheter) et, si jamais j'ai vu le groupe à la télé à l'époque, heureusement que je l'ai oublié car il y a de quoi être dégoûté à jamais de cette excellente chanson :



D'un autre côté, jusqu'à aujourd'hui j'ignorais jusqu'à l'existence d'Une poussière dans le cœur, la version française par Line Renaud, dont les paroles n'ont rien à voir avec l'original !
Pour moi, il y a eu surtout ensuite le medley des Pet Shop Boys avec Where the streets have no name de U2, mais c'est notamment parce que je n'ai aucune compilation avec cette chanson (contrairement à trois succès des Four Seasons qu'on trouve sur la BO de The wanderers) que j'ai passé autant de temps sans connaître la version de Frankie Valli.
Can't take my eyes off you est donc une chanson terriblement efficace, avec une construction un peu particulière il me semble. Elle s'ouvre sur deux couplets, sur un tempo plutôt lent, avec déjà une première mélodie et des paroles qui restent en tête ("You're just too good to be true, can't take my eyes off of you"), puis il y a un court passage instrumental qui fait monter le tempo et la pression, avant que le refrain n'explose, un moment que Frankie Valli signale d'un geste du bras quand il interprète la chanson. Et ce refrain et ses paroles sont aussi très mémorables ("I love you baby and if it's quite alright, I need you baby to warm a lonely night"). Du grand art, signé Bob Gaudio et Bob Crewe, à qui on doit, parmi beaucoup d'autres, Walk like a man.
En face B, My funny valentine est un autre classique, de la chanson jazz, mais là c'est une reprise que fait Frankie Valli. Cette chanson, pour le coup, c'est par la version d'Elvis Costello que je l'aie connue, avec la face B d'Oliver's army reprise en 1980 sur la compilation américaine Taking liberties. La version Valli est plutôt enlevée et très réussie.
Les deux faces de ce 45 tours figurent sur Solo, le premier album de Frankie Valli sans les Four Seasons. Mais le groupe n'était pas loin car le titre de l'album était préfacé par la mention "The 4 Seasons present" et, sur la pochette, le groupe le portait sur un plateau. Un peu bizarre.
Aujourd'hui, à 83 ans, Frankie Valli se produit encore régulièrement en concert.



12 novembre 2017

THE WAILERS : Catch a fire



Acquis chez A la Clé de Sol à Châlons-sur-Marne vers 198
Réf : 9123 013 -- Édité par Island en France dans la deuxième moitié des années 1970
Support : 33 tours 30 cm
9 titres

J'ai mis un peu de temps à apprécier Bob Marley. Certes, en 1978 j'ai aimé le tube Is this love ? suffisamment pour acheter le 45 tours mais, peu de temps avant ou après ça, on m'avait fait écouter l'album Exodus et ça ne m'avait pas du tout plus. J'étais resté bloqué devant l'aspect répétitif de la rythmique reggae. Ce n'est qu'avec l'album Survival en 1979, que j'ai acheté à sa sortie, que je me suis vraiment mis à apprécier Marley et les Wailers et que, au fil du temps, j'ai aimé leurs enregistrements les plus roots (J'apprécie mieux aujourd'hui, contrairement à l'époque, la production hybride de Could you be loved, mais il ne faut toujours pas me parler de Babylon by bus).
Je suis à peu près sûr que c'est au moment où j'écoutais beaucoup Survival que j'ai investi dans Catch a fire. Il faut dire que le disque chez le disquaire du coin n'était pas cher (entre 30 et 40 francs je crois) et puis il était dans sa fameuse pochette originale.
Due à Rod Dyer et Bob Weiner, elle fait partie avec quelques autres (Sticky finger des Rolling Stones, Look at yourself d'Uriah Heep ou Blue Monday de New Order me viennent à l'esprit) des pochettes élaborées qui sont devenues un sujet d'intérêt en elles-mêmes. En plus, elle représente un Zippo, et ces briquets américains avaient une grosse réputation quand j'étais gamin. Ça vous posait un gars quand il sortait son Zippo ou qu'il entreprenait de le remplir d'essence. Moi qui n'ait jamais fumé, j'aurais bien aimé pendant un temps en avoir un.
En Angleterre, il semble que seul le premier tirage de 20 000 exemplaires de Catch a fire ait été diffusé avec la pochette originale. Ils se sont très vite écoulés et les tirages suivants ont eu droit à une pochette toute simple avec une photo de Marley, qui devait coûter beaucoup moins cher à produire.
Ce n'est pas ce qui s'est passé en France. Déjà, je ne pense pas que le disque soit sorti par chez nous en 1973. L'ajout sur la pochette d'un gros macaron "Featuring Bob Marley" donne à penser que les exemplaires français sont sortis à partir de 1974-1975, après le départ de Peter Tosh et Bunny Wailer, quand le succès du groupe s'est amplifié sous le nom de Bob Marley and the Wailers. Ensuite, parce que le disque avec sa pochette briquet est resté disponible plusieurs années. La preuve, c'est que je l'ai trouvé sans problème vers 1980. Mais c'était la fin je crois : assez vite après la mort de Marley, c'est la seule pochette avec photo qu'on a vue dans les bacs français. En tout cas, les exemplaires avec pochette briquet sont désormais tous très recherchés par les collectionneurs. 
Catch a fire est le premier album des Wailers sorti chez Island. J'ai toujours cru que le titre avait avait à voir avec le fait de donner du feu à quelqu'un pour allumer son joint ou  sa clope, mais apparemment ça signifie plutôt "Va brûler en enfer" !
Outre sa pochette, le disque est surtout réputé pour avoir été "trafiqué" par le label pour lui donner un son plus international. Et c'est vrai que des enregistrements complémentaires ont été faits à Londres, mais au moins ce n'était pas pour y mettre des cordes, comme Trojan avait l'habitude de le faire. Il y a surtout de la guitare par Wayne Perkins et des claviers par Rabbit Bundrick, mais franchement aujourd'hui, à la réécoute, il n'y a plus grand chose qui m'écorche les oreilles, si ce n'est le solo de guitare sur Concrete jungle et un clavier  un peu trop présent sur 400 years. En plus, depuis la réédition Deluxe en deux CD de 2001, les fans ont la possibilité d'écouter la version "jamaïcaine" de l'album, sans les ajouts anglais, comme par exemple Concrete jungle et Stir it up sans les solos de guitare rajoutés.
A mon sens, le monument  du disque c'est sans conteste Stir it up. Cette version est moins roots que d'autres, mais je trouve que pour le coup les ajouts sont bien intégrés. Bizarrement, ce titre n'a pas été sorti en 45 tours, mais c'est sûrement parce que les paroles sont trop ouvertement sexuelles.
Mes deux autres titres préférés du disque ont toujours été les deux compositions de Tosh, 400 years et Stop that train. Il est intéressant de noter que ces trois chansons avaient toutes déjà été publiées sur d'autres disques (dés 1967 pour Stir it up !).
Le reste du disque est d'excellente tenue mais ne m'emballe pas autant. Musicalement, j'aurais plutôt tendance à conseiller African herbsman que Catch a fire, mais pour le coup la pochette de cette compilation est carrément moche !

Catch a fire est intégralement en écoute sur YouTube. Le disque est continuellement disponible depuis sa sortie.


Les Wailers interprètent Stir it up et Concrete jungle le 5 janvier 1973, en direct dans l'émission The Old Grey Whistle Test de la BBC. Superbe. J'adore le look de Peter Tosh.

11 novembre 2017

POSITIVE BLACK SOUL : Positive Black Soul


Acquis probablement avec un magazine professionnel en 1995
Réf : 4427 -- Édité par Island / Mango en France en 1995 -- Not for sale
Support : CD 12 cm
Titres : Je ne sais pas -- Boul falé -- Def lo xam -- Ataya

Je ne savais plus trop comment j'avais récupéré de CD promo du groupe de hip hop sénégalais Positive Black Soul. C'est la trace de l'arrachage d'un ruban adhésif au verso de la pochette qui a ravivé mes souvenirs : je pense que ce disque était fixé sur une page de pub d'un magazine professionnel, probablement Le Bulletin des Rotations, pub qui annonçait la sortie du premier album du groupe, Salaam.
Une dizaine d'années après avoir tenté de faire de King Sunny Adé une star internationale à l'échelle de Bob Marley, Island avait sûrement décidé de promouvoir d'autres artistes africains et avait misé sur Positive Black Soul. Le disque a eu un bon écho, mais ça ne s'est malheureusement pas traduit par un succès à l'échelle mondiale.
Ça fait bien longtemps que je n'avais pas réécouté ce disque, mais mon opinion à son sujet n'a pas changé : on a là quatre titres d'excellente tenue, dans une veine entre la face la moins sombre d'IAM et MC Solaar, qui les a beaucoup soutenus et qui a enregistré avec eux.
Positive Black Soul associe deux excellents vocalistes, mélange les langues (wolof et français, principalement, plus un peu d'anglais) et a pour particularité d'incorporer à son hip hop des éléments de musique africaine.
Comme ils me plaisent tous, j'ai un peu de mal à choisir parmi les quatre titres. J'ai peut-être une préférence pour la première Je ne sais pas et la dernière, Ataya (le thé sénégalais), que j'enchaînerais bien dans une compilation avec Donne-moi le micro. Mais Def lo xam, avec ses instruments traditionnels, et le single Boul falé sont aussi très bien.

Les quatre titres de ce disque se trouvent sur Salaam, un CD qu'on trouve d'occasion pour moins de 1 €, et sur lequel il y a un bon nombre d'autres perles (Le bourreau est noir, Djoko, Bon à rien...).


01 novembre 2017

MEXICO : FIESTAS OF CHIAPAS AND OAXACA


Acquis chez Oxfam à Charleroi le 16 août 2017
Réf : H-72070 -- Édité par Nonesuch aux États-Unis en 1976
Support : 33 tours 30 cm
14 titres

L'an dernier, lors d'une virée à Charleroi et Namur, j'avais trouvé à l'Oxfam de Marcinelle plein de disques aussi variés qu'intéressants, comme le 78 tours des Sœurs Étienne, les reprises à l'accordéon de tubes d'Elvis par Oscar Denayer ou Opel Far East trip, l'album-support d'un jeu concours pour les concessionnaires de la marque en Belgique.
En y retournant cette année, j'espérais récidiver, mais ce genre de petit miracle se répète rarement dans la vie. En tout cas, il est difficile de les provoquer.
Cet été, je n'y ai donc trouvé qu'une petite poignée de disques, mais parmi eux, pour 30 centimes, il y avait cet album qui s'est révélé très réjouissant d'enregistrements de terrain au Mexique dans les années 1970.
Ces enregistrements ont été faits par un anglais, David Lewiston, qui est mort en mai cette année, à 88 ans.
Musicien de formation, établi à New York, il était devenu journaliste financier pour vivre. En 1966, il a pris un congé sabbatique, a voyagé à Bali d'où il est revenu avec des bandes publiées sous la forme de l'album Music from the morning of the world dans la collection Explorer de Nonesuch. Il n'a plus jamais travaillé dans la finance ensuite et a enregistré de nombreux albums, en Inde, au Maroc, au Japon ou, comme celui-ci, au Mexique. On peut lire chez RootsWorld un entretien avec David Lewiston réalisé fin 2000.
On trouve sur ce disque des musiques de fête du Chiapas et d'Oaxaca, deux états du Sud du Mexique. Pas grand chose à voir avec un autre disque chroniqué ici, où l'on se situait au Nord du pays, à la frontière avec le Texas.
Le premier titre, Son sventa n'ahual San Lorenzo, est joué lors de processions pour la fête de Sainte-Marie de Guadelupe. L'instrument principal est une flûte en roseau, l'amay, avec un emboût, deux trous au-dessus et un en-dessous. La musique est entraînante, avec un accompagnement de percussions, de pétards, plus les cloches de l'église qui sonnent à toute volée et un son bizarre que je n'ai pas réussi à identifier. 
A l'écoute de ce titre, j'ai su tout de suite que j'avais bien fait d'acheter ce disque. Dans l'esprit, ce n'est pas loin des Yuyai jai'pna tapes de Luzmila Carpio.
Ensuite, c'est du classique, avec un orchestre de marimba. Il y en a trois sur la face. Ça me fait penser que j'ai un album d'un groupe appelé Marimba Chiapas. Si vous êtes dans le coin, vous aurez peut-être l'occasion d'en écouter une face entière ce dimanche 5 novembre à la salle des fêtes d'Hautvillers, où j'assurerai l'animation musicale de la Bourse BD-Disques.
J'ai sursauté à l'écoute de Batsí son martomail et
K'in sventa ch'ul me'tik Kwadulupe : les voix et l'ambiance m'ont fait penser à un disque que j'aime beaucoup mais qui n'a rien à voir, Light green leaves de Little Wings.
Sur cette face, on trouve aussi un instrumental à la guitare, Son sventa ch'ul na, et elle se termine en beauté avec
Son Sventa Cajvaltic, qui est comme la suite du premier titre.
La face B est d'une aussi bonne tenue, avec des cuivres, du violn et encore de la flûte de la guitare. Une fois de plus, je suis bien content de voyager en musique !

Une réédition en CD de cet album est disponible, toujours chez Nonesuch.
L'album est intégralement en écoute sur YouTube.

29 octobre 2017

BOBBIE GENTRY : Ode to Billie Joe


Acquis sur le vide-grenier du Triangle magique à Épernay le 12 mars 2017
Réf : 5950 -- Édité par Capitol aux États-Unis en 1967
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Ode to Billie Joe -/- Mississippi delta

C'était une des premières brocantes de cette année. Il faisait plutôt beau et je suis tombé sur Damien R. au moment où il payait des 45 tours à 50 centimes sur un stand. On a discuté pendant que je passais en revue presque machinalement les 45 tours, presque tous de variétés. Quand j'ai repéré ce superbe logo Capitol sur un disque sans aucune pochette, j'ai regardé ce que c'était,j'ai récupéré une pochette blanche sur un autre disque et, alors qu'on se dirigeait vers le stand suivant, Damien était tout surpris de voir que j'avais payé et emporté le disque pendant qu'on discutait.
Comme souvent, on se demande comment un disque américain a pu se retrouver à Épernay mélangé à ce qui visiblement n'est pas une collection très pointue. Mais j'ai été bien content de récupérer cette Ode to Billie Joe, un tube mystérieux et envoûtant qui fêtait justement ses cinquante ans cette année.
Comme beaucoup de français de ma génération, je connais bien cette chanson. J'ai dû l'entendre souvent à la radio et à la télé dans la première moitié des années 1970, mais ce n'est pas la version originale par Bobbie Gentry que je connais, mais la reprise par Joe Dassin sous le titre de Marie-Jeanne.
Dans son arrangement et ses paroles, cette adaptation cherche, même si c'est parfois maladroitement, à rester proche de l'original et c'est son grand intérêt, car elle a permis à tous les français de comprendre les paroles de la chanson, qui sont pour beaucoup dans son succès.
En effet, musicalement Ode to Billie Joe est toute simple, même si elle est prenante, avec la guitare de Bobbie Gentry, une basse et des cordes, mais ce sont ses paroles qui focalisent l'attention depuis un demi-siècle. Elles décrivent pourtant une situation toute simple, une scène de repas familiale dans une ferme du Mississippi, où il est question de la grande nouvelle du jour, le fait que Billie Joe MacAllister a sauté du pont sur la Tallahatchie. Et les questions que tout le monde se pose tournent autour de la relation entre la narratrice et Billie Joe, de ce qu'ils auraient jeté dans la rivière quelques jours plus tôt et bien sûr des raisons du suicide.
Il n'y a pas et il n'aura jamais de réponse à ces questions. Bobbie Gentry elle-même a dit qu'elle ne les connaissait pas. Apparemment, le thème principal de la chanson pour elle est l'indifférence de la famille à l'annonce de la mort de Billie.
Il se murmure de longue date que la chanson durait initialement sept minutes plutôt que quatre et que des couplets avaient été supprimés, qui éclaireraient peut-être les choses.
J'ai cru tenir le bon bout en découvrant les paroles manuscrites du début de la chanson, qui ont été exposées en ligne par la Bibliothèque JD Williams de l'Université du Mississippi.
Figurez-vous qu'il y a un bien un couplet en plus, avec un premier vers rayé à propos d'une Sally Jane Ellison qui a quitté la ville depuis la première semaine de juin, mais non seulement ce couplet n'apporte pas de réponses aux questions communément posées, mais c'est sûrement une bonne décision de l'avoir supprimé car sinon la chanson aurait quand même été moins mystérieuse. En tout cas, et ce n'est pas courant, cette chanson a marqué les esprits au point, en 1976, d'inspirer le film du même titre, écrit par Herman Raucher et réalisé par Max Baer, Jr.



J'ai été tout surpris à l'écoute de la face B du 45 tours, Mississippi Delta. Après Ode to Billie Joe, je ne m'attendais pas à entendre un titre électrique, de très bonne facture, qui n'est ni plus ni moins que du swamp rock, à la manière de ce qui allait faire le succès de Creedence Clearwater Revival peu de temps plus tard. A l'origine, c'est cette chanson qui devait être le titre principal du 45 tours, mais très vite les radios et le public ont préféré l'autre face.
Ode to Billie Joe a eu un énorme succès. Le 45 tours et l'album du même titre ont délogé les Beatles des classements des ventes aux États-Unis, ce qui n'était pas rien en 1967.
Bobbie Gentry a enchaîné les disques dans les années suivantes, dont une album avec Glen Campbell en 1968. Elle a eu d'autres succès, notamment en Angleterre, mais qui n'ont jamais atteint celui de ce premier disque. Elle a animé ses propres émissions de télé, a monté des spectacles pendant plusieurs années à Las Vegas. Elle a joué ainsi le jeu du show business pendant toutes les années 1970, mais au début des années 1980 elle a visiblement décidé de quitter la vie publique. Elle vivrait actuellement dans le Mississippi, pas très loin de la rivière Tallahatchie. Le pont dont il est question dans la chanson a été détruit en 1972, mais Bobbie Gentry nous a laissé son ode à Billie Joe.

On trouve depuis 2012 chez Kill Me Sarah une chronique de Marie-Jeanne et Ode to Billie Joe, qui prouve au moins une chose, c'est que nous sommes de la même génération.


27 octobre 2017

MODELS : Unhappy


Acquis au Record and Tape de Notting Hill Gate à Londres en 1984
Réf : AMS 8212 -- Édité par A&M en Angleterre en 1982 -- Promotion copy. Not for resale.
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Unhappy -/- Rate of change

Models est un groupe new wave australien qui doit être à peu près inconnu en France, ne serait-ce que parce qu'aucun de ses disques n'a jamais été diffusé par chez nous (La seule exception est peut-être le deuxième album, Local &/or general, celui qui contient les deux faces de ce 45 tours, dont il existe un pressage hollandais. Or, A&M était distribué par CBS, qui pressait en Hollande ses disques pour toute l'Europe continentale).
Pour ma part, j'ai découvert Models, comme souvent à l'époque, en fouillant dans la cave du Record and Tape Exchange à Londres. J'y ai d'abord trouvé leur premier album de 1981 AlphaBravoCharlieDeltaEchoFoxtrotGolf pour la somme faramineuse de 10 pence (soit guère plus de centimes d'euro). C'était complètement au pif, mais je ne l'ai pas laissé passer.
J'ai écouté le disque, il m'a bien plus, alors quelques temps plus tard j'ai investi, au même endroit, vingt fois plus d'argent (2 £) pour m'offrir l'album suivant, Local &/or general.
Notons que ces deux albums sont des exemplaires promo, revendus par des professionnels pour se faire un revenu complémentaire. Ces disques n'ont pas dû se vendre suffisamment en Angleterre pour qu'il s'en retrouve ensuite dans le marché de l'occasion.
Entre ces deux achats, probablement, j'avais acheté ce 45 tours promo du deuxième single tiré de l'album. Il en existe une version avec la même pochette que dans le commerce, mais celle-ci est très moche et je crois que je préfère ma pochette générique du label qui rend un bel effet quand elle est associée avec l'étiquette du disque.
C'est le guitariste-chanteur Sean Kelly qui est la figure principale du groupe sur la durée mais, dans les premières années, les autres membres du groupe (Janis Freidenfelds, Mark Ferrie et Andrew Duffield), composaient tous des chansons, dont certaines comptent parmi mes préférés.
Dans un entretien pour Australian Musician Magazine, Sean Kelly revient sur le parcours de Models et notamment sur la période de production du deuxième album.
Des démos ont été enregistrées en Australie pour le label australien Mushroom, puis le groupe est parti enregistrer l'album en Angleterre pour A&M, qui venait de les signer. Mushroom a trouvé les démos tellement bonnes qu'elles sont sorties en Australie sous la forme du mini-album Cut lunch, qui a eu du succès. Local &/or General est sorti ensuite, avec des photos de pochette signées Anton Corbijn et une nouvelle version de trois des six titres de Cut lunch.
La musique de Models est une new wave très pop et peu synthétique. Parmi les groupes de l'époque, on peut les rapprocher des Nits, d'Original Mirrors ou d'XTC, ou aux États-Unis de Human Sexual Response, des dB's ou des Bongos.
Unhappy est une excellente chanson, bien représentative du groupe, complète avec ses rires moqueurs. Les paroles sont toutes simples ("Le bonheur est absurde. J'aimerais vraiment être heureux, ça doit être mon tour."). La chanson se termine sur une voix de speaker professionnel qui doit lire une petite annonce de rencontres (un peu comme pour Top ten sexes de Lewis Furey).
C'est dommage que ce soit coupé ici entre les deux faces du 45 tours, mais sur l'album ça enchaîne directement sur Rate of change, un instrumental à l'atmosphère caribéenne, que j'aimais beaucoup à l'époque, tout comme Uncontrollable boy (I'm just an), le titre chanté dans la même veine qui était sur le premier album. Ça préfigurait sûrement mon intérêt pour la musique des Antilles.
Je conseille en tout cas aux amateurs du genre de se mettre en quête de ces deux premiers albums de Models. Il n'y a pas eu de grand programme de rééditions, mais plusieurs compilations CD ont été publiées, et les disques originaux ne sont pas très cotés.

22 octobre 2017

MICHOU : Largu' la sauce


Acquis chez Hervé L. à Épernay le 24 juillet 2017
Réf : 77.0018 -- Édité par Royal en France en 1978
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Largu' la sauce -/- Tombé levé

Après le Marie-Josée et Roger Clency et le Goguin Hounzinmé, voici un troisième disque pêché chez Hervé cet été.
J'avais déjà trois disques de Michou, une chanteuse de La Réunion qui a démarré sa carrière très jeune sous la houlette de son père Narmine Ducap. Sur les deux premiers, l'un où elle accompagne Narmine et ses Rythmes et l'autre où elle chante L'amour y fait mal, elle a une voix de gamine. J'ai aussi un de ses succès de 1977, Mam'zelle Paula.
Quand ce 45 tours est sorti en 1978, Michou avait 18 ans et sa voix avait mûri. Dès la première écoute, les deux chansons m'ont beaucoup plu. Largu' la sauce est un excellent titre de Maloya, doux et serein, et les chœurs sur le refrain sont du plus bel effet. Tombé levé est plutôt du séga il me semble, et là il y a une partie de cuivres remarquable.
Pour une fois, j'ai trouvé une transcription des paroles des chansons (Largu' la sauce et Tombé levé). Ça aide un peu, mais pas de miracle : je ne comprends pas le créole pour autant !
Les mots du titre Larg' la sauce m'ont évidemment évoqué celui de l'album Largue la peau de Sages Comme Des Sauvages et aussi le Larg pa lo kor de Christine Salem.
Ce n'est qu'après coup que j'ai découvert que l'album Vol. 1 - Tombé levé de Michou, dont ce 45 tours est tiré, avait été enregistré non seulement avec Narmine Ducap et ses musiciens, comme d'habitude, mais aussi avec les membres du groupe Caméléon, parmi lesquels on comptait Renaud et René Lacaille, Loy Ehrlich et le désormais légendaire Alain Peters, dont Sages Comme Des Sauvages a justement repris deux titres sur son album. Tous les liens se tissent !
Michou quant à elle se produit toujours régulièrement sur scène. Sa fille Laurence poursuit la lignée familiale en se produisant sous l'intitulé Laurence Acoustic Songs.

21 octobre 2017

BILLY ZE KICK ET LES GAMINS EN FOLIE : Mangez-moi ! Mangez-moi ! Remix


Acquis sur le vide-grenier de la rue de l'Hôpital à Épernay le 16 août 2015
Réf : 2428 -- Édité par Shaman en France en 1994 -- Disque promo interdit à la vente
Support : 33 tours 30 cm
Titres : Mangez-moi ! Mangez-moi ! (Funik remix) -- Mangez-moi ! Mangez-moi ! (Chicken remix) -/- Mangez-moi ! Mangez-moi ! (Ragga mix) -- Le chant du Ψlo

Une chanson pour un après-midi d'automne...
Il y a deux ou trois vide-greniers par an rue de l'Hôpital à Épernay. J'en suis souvent rentré bredouille mais, au fil du temps, j'y ai quand même trouvé un bon paquet de disques intéressants, dont plusieurs ont été chroniqués ici.
Mais, en août 2015, j'y ai carrément fait une bonne moisson, puisque j'en suis revenu avec des singles CD d'XTC et de Tindersticks, le CD regroupant ensemble les deux albums des Marine Girls et des 45 tours d'Eric B. and Rakim et Jeanette. Sur un même stand, j'ai aussi acheté trois maxis promo qui venaient sûrement d'un DJ de discothèque ou d'un animateur radio : un extrait "Spécial club" de la compilation Pop à Paris, Beaux dimanches d'Amadou et Mariam et ces remixes du tube de Billy ze Kick et les Gamins en Folie.
Comme j'ai eu l'occasion de le raconter il y a déjà plus de onze ans et demi, j'ai eu la chance de voir le groupe en concert le 7 décembre 1991 à Rennes à l'occasion d'un apéro-concert organisé par la Férarock. Du coup, ça fait bien longtemps que j'ai plusieurs versions de Mangez-moi! Mangez-moi !, mais j'ai quand même été bien content de récupérer ce maxi, ne serait-ce que parce que sa pochette, colorée et joyeuse, est à mon sens la plus réussie des trois (les deux autres étant celle du maxi aux Productions du Fer et celle du tube chez Shaman). En plus, elle s'accorde parfaitement avec le Rigolus qui sert d'emblème à Vivonzeureux!.
On peut juste avoir l'impression fugitivement que les psylos sont des spermatozoïdes grossis quelques milliards de fois, mais ça c'était déjà vrai dès les débuts du groupe puisque, sur le carnet de chant distribué lors de leurs premiers concerts, ils avaient cru bon de préciser à propos du champignon : "Attention, ceci n'est pas un spermatozoïde !!".
De mon côté, j'ai toujours eu un problème avec l'expression "Ouvre les volets de la perception" car, même sans jamais avoir ingurgité de champignons hallucinogènes, je visualise à chaque fois que je l'entends un fonctionnaire des impôts qui ouvre boutique !



En lisant aujourd'hui la biographie du groupe, j'ai appris que c'est une chronique du premier album de De La Soul dans Les Inrockuptibles (où il était question de "gamins en folie ne respectant rien et pillant les poubelles de la musique") qui avait inspiré à la fois le choix de son nom et la chanson 1er avertissement.
Je trouve assez maladroit de la part du label Shaman d'éditer un maxi à l'attention des radios et des discothèques et de le faire tourner en 33 tours : on sait bien que les DJ préfèrent les 45 tours et on peut être certain que nombre d'entre eux se sont fait avoir et ont passé le disque à la mauvaise vitesse.
Sur la face A, on trouve deux remixes qualifiés de "consensuels". Je ne sais pas trop ce qu'il faut comprendre, si ce n'est qu'ils sont un style techno-house sans grande originalité et se dispensent du sample du Right time des Mighty Diamonds qui forme l'ossature des mixes originaux, qu'on retrouve en face B.
Ces remixes n'ont rien d'infamant mais, comme souvent, ils n'apportent pas grand chose d'intéressant à la chanson. J'ai quand même une préférence le Chicken remix et sa ligne de basse par rapport au Funik remix. Deux autres remixes "danse" de Mangez-moi ! Mangez-moi ! ont été publiés plus tard sur le maxi d'O.C.B.
Pour une fois, la version de ce maxi diffusée commercialement est peut-être plus intéressante que ma version promo, car le Ragga mix, la version la plus diffusée du morceau, y est remplacée par une version Remixe-le moi ! qui est une version a cappella pour qu'on puisse laisser libre cours à son imagination musicale.
On est bien loin aujourd'hui des quelques polémiques sur la promotion des drogues qui ont accompagné le succès de Mangez-moi ! Mangez-moi !, mais je repense quand même souvent à ce fait divers relaté dans la presse à l'époque : des gendarmes avaient planqué pendant plusieurs jours dans les bois de Saint-Imoges, entre Épernay et Reims, pour y surprendre des cueilleurs de psylos. Par la suite, le champ avait dûment été passé au bulldozer pour l'en débarrasser des champignons !


Billy ze Kick et les Gamins en Folie, Mangez-moi ! Mangez-moi !, la première vidéo.


Billy ze Kick et les Gamins en Folie, Mangez-moi ! Mangez-moi !, la deuxième vidéo.


Billy ze Kick et les Gamins en Folie, Mangez-moi ! Mangez-moi !, en direct dans l'émission Le Cercle de minuit sur France 2, le 30 mai 1994.


Billy ze Kick et les Gamins en Folie, Mangez-moi ! Mangez-moi !, en direct dans l'émission Nulle part ailleurs sur Canal Plus, en octobre 1994.

15 octobre 2017

TELEVISION PERSONALITIES : Beautiful despair


Offert par Fire Records par correspondance en août 2017
Réf : FIRECD327 -- Édité par Fire en Angleterre en 2017
Support : CD 12 cm
15 titres

Quand, en début d'année, j'ai mis la dernière main à mon Journal d'un fan de chambre sur Television Personalities en y incluant un panorama de tous leurs albums, je n'imaginais pas un instant que, quelques mois plus tard, un "nouvel" album allait paraître, qui rendrait mon travail incomplet.
Fire Records avait déjà réédité au printemps les quatre premiers albums du groupe, d'abord de façon limitée pour le Record Store Day, puis plus largement. Le 21 juillet, le label diffusait sur Instagram une photo énigmatique, reproduisant la pochette de ce disque. Énigmatique mais pas tant que ça puisque, en zoomant sur l'étiquette apposée sur la pochette, on apprenait que cet album précédemment inédit avait été enregistré en 1990, qu'il contenait des chansons inconnues mentionnant les Lemonheads et Felt (et là, mopn cœur a fait un bond car Felt justement est un autre groupe à qui j'ai dédié un livre entier, La ballade du fan) et une autre mentionnant l'ami Alan McGee.
Fire Records m'a gentiment offert un exemplaire du disque, peu de temps avant que sa sortie soit annoncée en exclusivité chez Rough Trade pour le 15 septembre.
J'ai attendu un peu pour chroniquer le disque car je pensais que, comme pour le Record Store Day, une diffusion plus large allait suivre, et j'espérais aussi qu'un ou deux extraits du disque allaient être présentés en ligne, mais un mois plus tard ce n'est toujours pas le cas, tant pis (A la mi-novembre, la sortie du disque a finalement été annoncée pour le 26 janvier 2018).
Le parcours discographique de Television Personalities est plein de trous. Il s'est passé cinq ans entre les albums The painted word et Privilege, et on sait que ce disque était prêt bien avant sa sortie en 1989, chez Fire déjà. Il s'est écoulé encore trois ans avant que n'arrive Closer to God, un marathon de dix-neuf chansons, soit un CD plein à ras bord.
Mais entre-temps, en 1990-1991, Dan Treacy et le bassiste du groupe Jowe Head, ex-Swell Maps et artiste solo par ailleurs, s'étaient retrouvés dans l'appartement de Jowe pendant plusieurs semaines pour enregistrer en quatre pistes les quinze chansons qui sont réunies ici.
Il s'agit donc d'enregistrements maison, mais ce sont plus que des démos : les arrangements sont travaillés (Dan est au chant et à la guitare, Jowe fait tout le reste, basse, guitare, chœurs, cithare, percussions, synthé et programmation de la boite à rythmes). Jowe indique que le projet était alors de terminer ces chansons et de les sortir à un moment donné. Il aura fallu attendre plus de vingt-cinq ans pour que ça se fasse...
Les chansons écrites par Dan ne sont pas pour autant restées dans un placard tout ce temps-là. Le groupe les a souvent jouées sur scène et onze chansons et demie (l'une ne l'a été qu'en version instrumentale) ont été réenregistrées et publiées sur d'autres disque : sept sur Closer to God en 1992 et cinq sur des singles de 1992 à 1996.
Évidemment, je me suis précipité d'abord sur I like that in a girl, la chanson inspirée par une conversation avec Lawrence. C'est un petit bijou de pop noisy, de moins de deux minutes, qui se termine, comme le souligne Jowe, avec Dan qui tente d'imiter l'accent de Birmingham de Lawrence ("Oi loike that in a girl").
Une autre des grandes réussites du disque, c'est Love is a four letter word. Certes, ça reste un enregistrement bricolé, mais on sent bien que cette chanson a le potentiel d'un immense maxi single de pop dansante. J'ai manqué de m'étrangler quand j'ai découvert que cette chanson avait été publiée en 1992 sous le titre Love is better than war en face B d'un single que je possède, We will be your gurus. Comment est-ce que j'avais pu ne pas remarquer cette chanson ? Eh bien, tout simplement parce que la version publiée est beaucoup moins pop. Les chœurs en "Love love love love love love" sont conservés, mais le tout est noyé sous des guitares crasseuses. Si quelqu'un cherche un tube tout fait, il ferait bien de se pencher sur une reprise de cette chanson.
Closer to God, enregistré en groupe et assez électrique, a toujours été pour moi un album très sombre. D'une manière générale, les versions des sept chansons de cet album qu'on trouve ici, même celles qui ont des paroles très noires, me plaisent plus parce qu'elles ont plus de légèreté. C'est notamment vrai pour Honey for the bears, Razor blades & lemonade, le single Goodnight Mr Spaceman et Hard luck story number 39, avec tout à la fin Dan qui fait une référence à Teardrop Explodes en chantant "It's just a story".
Les autres titres qui ont été par la suite réenregistrés et disséminés par des singles l'ont souvent été par Dan quasiment en solo. Du coup, les arrangements varient moins. Il y a de très bonnes choses là-dedans, notamment How does it feel to be loved ? et Suppose you think it's funny.
L'album s'achève avec Dan qui fait un solo de vocalise sur This heart's not made of stone.
Si The painted word était fortement marqué par l'empreinte de Joe Foster, Beautiful despair l'est bien évidemment par Jowe Head. La variété des sons et le côté bricolé rapprochent ce disque de ses productions solo, comme Pincer movement, plus que d'autres disques de la discographie du groupe, à l'exception de l'un de mes disques tardifs préférés du groupe, I was a mod before you was a mod, avec Dan quasiment en solo.
Même si les conditions de production sont particulières, la grande qualité de ce disque c'est l'unité du son et son inventivité. Au bout du compte, je pense que j'aurai plus de plaisir à l'écouter que Closer to God.
Je crains que la santé de Dan Treacy ne lui permette plus d'enregistrer de nouvelles chansons. On en apprécie d'autant plus de découvrir celles-ci, en espérant que d'autres du même acabit nous attendent encore dans ses tiroirs.

La répartition des quinze titres de l'album dans la discographie de Television Personalities :

Précédemment inédits
Beautiful despair
If you fly too high
I like that in a girl

Closer to God (1992)
Hard luck story number 39
Razor blades & lemonade
Goodnight Mr Spaceman
Honey for the bears
My very first nervous breakdown
Have a nice day (I hope you have a nice day)
This heart's not made of stone

We will be your gurus (1992)
Love is a four letter word (Love is better than war)

Far away & lost in joy (1994)
I get frightened too (I get frightened, version instrumentale)
I don't want to live this life

Do you think if you were beautiful you'd be happy ? (1995)
Suppose you think it's funny (I suppose you think it's funny)

Now that I'm a junkie ! (1996)
How does it feel to be loved ?

Beautiful despair est en vente chez Rough Trade, en CD ou en 33 tours.
Fire a annoncé le 14 novembre une sortie générale du disque pour le 26 janvier 2018. If you fly too high est en écoute ci-dessous.




Un entretien récent qui revient sur le parcours de Jowe Head, des Swell Maps à Television Personalities.

14 octobre 2017

WILLARD BURTON - EARL FOREST : The twistin' twist


Acquis sur le vide-grenier de Bisseuil le 24 septembre 2017
Réf : MPO. 3097 -- Édité par Pop en France en 1962
Support : 45 tours 17 cm
Titres : WILLARD BURTON : The twistin' twist -/- EARL FOREST : Memphis twist - Beale Street popeye

Il faisait tellement beau ce dimanche du mois dernier qu'on a décidé en fin de matinée de faire la balade à pied (trois-quatre kilomètres le long du canal) pour aller à la petite brocante du village d'à côté, Bisseuil.
Bonne idée et bonne balade, mais on est arrivé sur place en plein midi, et la plupart des exposants étaient en train de manger et on avait un peu l'impression de les déranger, surtout les habituels pros ronchons.
Mais les propriétaires des deux stands où j'ai acheté des 45 tours à 50 centimes étaient très sympathiques, deux dames où j'en ai pris deux, et un couple âgé à qui j'ai acheté celui-ci.
Le disque est en bon état mais la pochette a bien vécu. Il me plaît de penser, vue la date de parution et vu l'âge des vendeurs, qu'ils ont acheté ce disque à l'époque et qu'ils ont bien dansé dessus.
Je n'avais jamais vu ce 45 tours et je ne connaissais ni Willard Burton ni Earl Forest, mais j'avais plusieurs bonnes raisons d'acheter ce disque : il est sur le label Disques Pop, une étiquette de Vogue, comme mon Jack Hammer; A ce titre, il est estampillé "Strict danse tempo", un slogan réapproprié et repopularisé dans les années 1990 par l'ami Le Colonel; C'est un disque de twist, et l'avantage c'est que les disques de twist ne sont jamais que des dérivés de rock 'n' roll et ils sont rarement complètement mauvais.
Il est précisé au dos de la pochette qu'il s'agit d'enregistrements sous licence de Peacok Records, l'un des nombreux labels de l'américain à la sulfureuse réputation Don Robey. Mais en fait, les titres d'Earl Forest sont sortis à l'origine chez Duke, un autre label de Robey.
Bon, je ne vais pas tergiverser, les trois titres de ce disque sont excellents. Ce sont des instrumentaux, mais à défaut de chant il y a de l'ambiance et on entend des voix. L'orgue et le saxophone sont les instruments principaux.
The twistin' twist est sorti aux Etats-Unis en face A d'un 45 tours crédité à Willard Burton. Quand ça commence, la "foule" est déjà chaud bouillante. La batterie lance les hostilités, avant que le groove se mette en place avec l'orgue, la basse et la guitare, puis le saxo en solo, accompagné de cris d'encouragement et de claquements de mains. Sachant que le 45 tours américain dure 2'20, je me demandais pourquoi on ne trouvait pas sur cet EP sa face B, Dreaming, un titre plus lent avec orgue, guitare et saxophone, qui dure à peine deux minutes.
Eh bien, la version de The twistin' twist qu'on trouve sur ce disque Pop est plus longue de deux minutes que la version originale ! (on peut l'écouter chez Soul-in-Groove), ce qui nous vaut une dose supplémentaire de solos de saxo et d'orgue et permet de mieux se bouger sur cet excellent titre. Je pense que cette version longue n'a été éditée que sur ce disque français.
Pas de surprise sur la face B, on trouve bien les deux faces du 45 tours Duke, Memphis twist et Beale Street popeye.
Que dire ?, sinon que c'est dans la même veine que la face A, au point que ça pourrait être les mêmes musiciens, et que c'est tout aussi bon. Memphis twist est complètement instrumental, tandis que sur Beale Street popeye on a des voix qui interviennent sur les breaks.
Les premières informations que j'ai trouvées sur ce disque et ses musiciens sont dues à Mightygroove sur son site Soul-in-Groove. En plus d'y trouver ce disque chroniqué et en écoute, on y apprend que Willard Burton était le vrai nom d'un musicien plus connus sous celui de Piano Slim (à ne pas confondre avec le bluesman Robert T. Smith) et on y trouve des chroniques d'un 45 tours de Piano Slim et d'un autre de Willard Burton.
Pour Earl Forest, qui est mort en 2003, il y avait quelques mots dans la chronique de l'EP de Mightygroove, mais, en cherchant à en savoir plus sur le Caple qui co-signe les deux titres (le Malone crédité sur tout le disque est en fait Don Robey qui rançonnait ses musiciens), j'ai trouvé des informations complémentaires dans les parties 2 et 3 d'une enquête en trois parties de Soul Detective sur le musicien Clarence Nelson. J'ai notamment appris que l'organiste sur la face B du EP serait Joe Louis Hall, un ancien du Bill Black's Combo, et que les saxophonistes ténor et baryton sont Gilbert Caple, donc, et Floyd Newman. Vous ne les connaissez peut-être pas, mais vous connaissez sûrement Last night des Mar-Keys, l'indicatif de l'émission Salut les Copains dans les années 1960. Eh bien, sous l'intitulé collectif Mar-Keys, Floyd et Newman sont deux des co-auteurs de la chanson et ils jouent sur l'enregistrement. C'est Caple qui en prend le solo, tandis que Newman prononce le "Oh yeah" !
Comme quoi, on détour d'une balade bucolique, avec un disque a priori anodin, on peut quand même faire de belles découvertes.
Et pour conclure, je propose pour une fois de suivre les instructions figurant en fin des notes de pochette : "Mais pourquoi lire ce texte, écoutez plutôt et sans tarder l'enregistrement des orchestres de Earl Forest et Willard Burton, ça c'est de la musique de danse !".

Les trois titres de ce disque sont en écoute chez Soul-in-Groove.

01 octobre 2017

ORIGINAL SOUND OF SOWETO - DANCING IN SOWETO


Acquis chez Emmaüs à Tours-sur-Marne le 9 septembre 2017
Réf : CD Drive 3067 -- Édité par Drive en Suisse en 1980
Support : CD 12 cm
12 titres

L'autre jour chez Emmaüs, quand j'ai acheté le 45 tours de Roger Zami et le 78 tours de Tramel, la petite foule présente pour cette journée de vente spéciale s'intéressait surtout aux vinyls. J'ai donc pu fouiller presque tranquillement les tiroirs de CD, constater qu'il y en avait eu quelques-uns d'ajoutés depuis mon dernier passage et en trouver deux intéressants, dont celui-ci. Pour moi, surtout au vu de la maquette de pochette, il s'agissait d'une banale compilation commerciale de tubes sud-africains, mais je ne pouvais quand même pas la laisser passer.
Une fois rentré à la maison, j'ai eu le plaisir de constater que le CD est excellent de bout en bout. De plus, il semble bien que ce disque soit l'une des rares sorties internationales, voire la seule, pour tous ces titres à succès de la fin des années 1980. Aucune réédition depuis, donc, et quasiment aucune chanson sur YouTube non plus.
Ces enregistrements ont tous été publiés en Afrique du Sud par Tusk Music, créé en 1986 quand la branche locale de WEA a dû fermer en raison des sanctions internationales contre l'apartheid.
Il y a eu en 1988 une compilation intitulée Sounds of Soweto volume 1. Je n'en ai pas trouvé trace en ligne, mais je suppose que ce CD correspond plus ou moins à un volume 2.
C'est un peu surprenant que ce CD ne soit sorti qu'en Suisse. Peut-être que c'était un procédé pour contourner les mesures de boycott puisque, quand ce disque est sorti, l'apartheid était encore en vigueur et Nelson Mandela était même encore en prison.
Si j'en crois son nom et le catalogue qui sert de livret au CD, le label Drive était spécialisé dans l'édition de compilations pas chères dans tous les genres musicaux. Je les imagine bien vendues dans les stations-services pour que les automobilistes puissent les écouter avec leurs beaux auto-radios CD tout neufs.
De ce que j'ai pu voir, les titres compilés ici datent tous de 1987-1989. Ce sont sûrement effectivement des titres populaires, puisque la plupart du temps on trouve ici la chanson-titre d'un album ou son morceau d'ouverture.
Je ne connaissais personne, mais il y a quelques grands noms présents ici, comme Thomas Chauke, M. D. Shirinda ou M. J. Hlungwane, qui a droit à deux titres.
Dès les premières notes du CD, Africa mamela par Cokes, on se rend compte que la musique sera exactement dans le style de musique que beaucoup de français ont découvert, moi compris, avec l'album "sud-africain" de Lizzy Mercier Descloux et son tube Mais où sont passées les gazelles ?.
Mais on est à la fin des années 1980 et les sons électroniques sont largement présents sur tout le disque. Sur le deuxième titre, Sekala par Lazarus Kagagudi, il y a du séquenceur et le synthé prend la place de l'accordéon. Il y aussi de la batterie électronique sur l'album, mais tout ça ne reste qu'un habillage et la musique conserve ses qualités intrinsèques, avec le travail sur les voix et notamment les chœurs de "Sisters" sur la plupart des titres, comme sur l'un de mes préférés, Boti rhandeka, avec la flûte et les chants des Gaza Sisters.
Et même, l'électronique peut être très stimulante, comme sur
Vuxaka bya mali, où la répétition de juste trois notes de synthé aiguës participe au rythme général et en fait une rencontre entre musique africaine et pop synthétique à la Elli et Jacno ou Depeche Mode.
Avec ceux déjà cités, j'ai choisi de vous proposer un troisième titre en écoute ci-dessous, Ma jumble sale de Thomas Chauke, mais l'ensemble du disque est tellement bon que j'aurais pu ne pas m'arrêter là, et mettre aussi Thandiwi des Madlala Brothers, Hamba driver d'Amaswazi Emvelo, Badumaze sisheli sami d'Uvemvane ou Lamulini naxaniseka de George Maluleke na van Wanati Sisters.
Cette année, je trouve en quantité beaucoup moins de disques sur les vide-greniers, mais les dépôt-vente prennent le relais, et surtout, la qualité est là ! Vivement la suite...

M.J. Hlungwane / Na Mpfumu Sisters : Vuxaka bya mali. M.D. Shirinda and Gaza Sisters : Boti rhandeka. Thomas Chauke : Ma jumble sale.

29 septembre 2017

DEPECHE MODE : Pleasure little treasure (Live)


Acquis sur le vide-grenier d'Athis le 10 septembre 2017
Réf : SA 1246 -- Édité par Mute en France en 1989 -- Échantillon promotionnel - Vente interdite
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Pleasure little treasure (Live) -/- Pleasure little treasure (Live)

A Athis, avant d'acheter le disque d'Audrey, j'étais tombé à un autre stand sur ce 45 tours de Depeche Mode. Je me suis arrêté dessus parce que la pochette ne me disait rien. Aucune indication particulière au dos, mais j'ai décidé de le prendre quand j'ai sorti le disque et que j'ai vu qu'il s'agissait d'une édition promotionnelle (en plus de la mention sur la rondelle, la pochette a été marquée au tampon sec "Vente interdite - Échantillon gratuit"). Enfin, je l'ai surtout acheté parce que le vendeur m'avait annoncé un prix de 50 centimes. Je crois que je ne me serais pas embêté à mettre plus cher ou à négocier le prix.
La chanson de ce disque (la même sur les deux faces) est extraite de l'album 101, enregistré en concert le 18 juin 1988 à Pasadena, en Californie.
Pleasure little treasure est une chanson que je ne connaissais pas bien. Et pour cause, elle est sortie en face B du 45 tours Never let me down again, disque que je ne connais pas. Elle n'était pas sur le 33 tours Music for the the masses, sorti il y a pile 30 ans, mais une version remixée figurait en bonus sur les éditions originales de l'album en CD et en cassette. Ce même Glitter mix a été inclus sur la bande originale du film Bright lights, big city et là, je sais que j'avais déjà écouté (et oublié) cette version car j'ai l'album.
Je n'en attendais rien de spécial, mais à l'écoute, j'ai été très agréablement surpris par cette version live de Pleasure little treasure. Il y a un gros son de séquenceur bien grave, de la guitare, et le chant, surtout dans les couplets, associé à la musique m'évoque assez fortement le Devo synthétique et déjà aseptisé de 1981-1982, époque New traditionalists / Oh, no ! It's Devo. Il s'avère que cette version en public est très proche de la version originale en 45 tours.
Le seul single commercialisé extrait de 101 est Everything counts. Il n'y a qu'en France qu'il y eu une édition promo de Pleasure little treasure (dont 200 exemplaires ont été envoyés en Espagne pour être diffusés sur les radios de la chaîne 40 Principales). Mais le seul titre gravé sur le disque est très largement disponible, et la pochette est très quelconque. Elle n'a même qu'un rapport indirect avec Depeche Mode puisqu'on n'y voit qu'une version que le logo du label Mute dans sa version assez industrielle de l'époque, sur lequel sont posées deux branches de chêne qui lui donnent un fort accent totalitaire. C'est pourquoi j'ai du mal à m'expliquer pourquoi des obsédés du groupe ont déboursé plusieurs dizaines d'euros chez Discogs (de 80 à 297)pour se procurer ce 45 tours, et tout autant pour l'édition maxi qui a aussi été diffusée.
En tout cas, heureusement que j'ai écouté le disque lui-même avant de visionner l'extrait correspondant du film 101. Outre que le son sur cette vidéo YouTube est très poussif, voir Dave Gahan se pavaner et se déhancher tout au long de la chanson est à vous en dégoûter pour de bon !



24 septembre 2017

TOP COMPAS D'HAÏTI - STAR COMBO


Acquis sur le vide-grenier du Jard à Epernay le 13 août 2017
Réf : MT 001 -- Édité par Magic' Tirelir en France probablement dans les années 1970
Support : 33 tours 30 cm
9 titres

Au vide-grenier du Jard le mois dernier à Épernay, outre le Wilson Pickett acheté à un vendeur professionnel pas particulièrement avenant, j'ai acheté trois disques à une vendeuse particulière très sympathique.
Ce disque antillais était le seul de ce style dans sa petite pile de 33 tours qui contenait plutôt de la variété. Ma théorie dans ce genre de cas, c'est que le disque "exotique" est un souvenir de vacances. Et j'ai souvent l'occasion de me réjouir que les gens aient longtemps eu l'habitude de revenir du bout du monde avec un disque dans leurs valises, car ça a permis de disséminer ces disques dans nos contrées, où on les retrouve sur les vide-greniers quelques décennies plus tard.
Initialement, j'ai cru avoir affaire à un album intitulé Top compas d'Haïti par un groupe nommé Star Combo. Mais, en retournant la pochette et en regardant les rondelles du disque, on se rend compte qu'il y a un groupe différent par face sur ce 33 tours, Top Compas d'Haïti sur la face A et Star Combo sur la face B.
Ce disque est visiblement le premier produit et distribué par une maison nommée Magic' Tirelir Disques, qui a édité des groupes comme Les Vautours, Les Milords, Les Gipsons ou Les Princes Noirs. Le siège était au 56 boulevard Rochechouart.
Si j'en crois la pochette plastique dans lequel le disque était glissé, mon exemplaire a été acheté, comme beaucoup des disques antillais que j'ai, notamment ceux achetés à Mairy-sur-Marne il y a deux ans, chez Anvers Musique, au 35 boulevard Rochechouart.
Mon disque antillais est donc très parisien, et je pense même que les deux maisons étaient liées car, à côté du nom d'Anvers Musique, il y a le logo de Guérardisques, label sûrement lié à Claude Guérard, qui a produit plusieurs disques de Magic' Tirelir...
C'est du très classique dans son genre, mais l'ensemble de ce 33 tours est de très bonne tenue.
J'ai remarqué à l'écoute des cinq titres de Top Compas que l'orgue était proéminent dans les arrangements. Pour les quatre premiers titres, la partie instrumentale débute par une partie d'orgue, avant que les cuivres prennent leur tour. Ca s'explique quand on sait que le maestro du groupe était Wagner Lalanne, également organiste et sûrement de la famille des Lalanne du groupe Les Loups Noirs. Le Super Ensemble "Top Compas" est le dernier groupe pris en charge par le créateur du compas direct, Nemours Jean-Baptiste, pendant une bonne partie des années, comme cela est indiqué dans la biographie du site officiel de Nemours Jean-Baptiste.
Ces quatre premiers titres sont des compas. J'ai choisi de vous faire écouter Suspen' couri, mais j'aurais aussi bien pu prendre le premier titre, Hélène, ou un des deux autres.
Le dernier titre de la face, Destin, est plus court et plus lent. Il est chanté en français sur une musique qui m'évoque les cortèges funèbres de La Nouvelle Orléans.
Star Combo, le groupe qu'on entend sur la face B, est un groupe, sûrement originaire de la Guadeloupe, dont le maestro était le trompettiste Amédé Dinart. On peut voir sur Discogs la liste de ses membres, quand est paru l'album La lutte des grands en 1976.
Je ne sais pas précisément quel est le style musical de leurs chansons, mais pour moi c'est aussi du compas. Les quatre chansons de la face sont très bonnes et font cette fois-ci, plus classiquement la part belle aux cuivres. Je regrette bien de ne pas être en mesure de comprendre les paroles de José le mouchard !
Une fois de plus, voilà une trouvaille intéressante, dont aucun titre n'a jamais été réédité à ma connaissance. Aucun n'était disponible en ligne non plus. J'ai vu un exemplaire du disque en vente à 70 € sur Ebay. Faut quand même pas pousser...

Top Compas d'Haiti : Suspen' couri.
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23 septembre 2017

AUDREY : Getting ready for a heartache


Acquis sur le vide-grenier d'Athis le 10 septembre 2017
Réf : 2C 006-92979 M -- Édité par Trend en France en 1971
Support : 45 tours 17 cm
Titres : Getting ready for a heartache -/- M.Y.O.B. Leave me alone

Il avait fait moche toute la semaine et on était en plein dans les vendanges. Il ne pleuvait pas mais il faisait quand même super frais. Tout ça explique sûrement pourquoi il y avait beaucoup moins de camelots et beaucoup moins de chineurs que d'habitude à la broc d'Athis cette année.
J'y ai quand même acheté deux fois deux 45 tours sur deux stands. A la dame qui vendait celui-ci, j'ai aussi pris le 45 tours, Calypsos de Rico's Creole Band, a priori alléchant mais qui s'est avéré décevant, ne serait-ce que parce qu'il s'agit de calypsos instrumentaux.
Je ne sais pas quelle serait votre réaction si, en fouillant dans une boite à chaussures en carton contenant une grosse vingtaine de 45 tours à 50 centimes, vous tombiez sur un disque avec une pochette de ce style. Pour ma part, j'ai envisagé deux options :
  • Jamais entendu parlé de cet Audrey. Je ne connais aucun nom sur le disque, même pas celui du label. Il y a une chance sur deux pour que ce soit de la soupe tendant vers le disco. Je vais être raisonnable et ne pas m'encombrer avec ça.
  • Cette photo a vraiment de la classe. C'est années 1970 (tampon SACEM) mais, sur les apparences, je parierais que c'est assez tôt dans la décennie pour être de la soul sophistiquée plutôt que du disco ou de la soupe. Jamais entendu parlé de cette Audrey mais, à cinquante centimes je ne vais surtout pas laisser passer ce disque.
La première option n'a que fugacement traversé mon esprit avant que j'opte pour la seconde. Et, si je chronique ce disque ici, vous vous doutez bien que je ne regrette pas mon choix et que ce disque s'est avéré être une excellente pioche !
Getting ready for a heartache, en face A, débute par quelques notes de cuivres très bienvenues. Audrey enchaîne ensuite sur le refrain de la chanson qui, sans surprise, est dans un style soul, avec un arrangement intéressant, grâce notamment à ces cuivres. La voix semble un peu fine, mais ça passe bien. Il y a un break au milieu, et ensuite il y a quelque chose qui se passe - avec l'arrivée d'un saxophone et des chœurs, notamment, et une rythmique d'enfer - qui fait que la chanson décolle et d'un seul coup on se rend compte dans les quarante dernières secondes (d'une chanson qui n'atteint pas les trois minutes), qu'on est irrésistiblement en train de se trémousser.
La face B, M.Y.O.B. Leave me alone (pour "Mind your own business, leave me alone", "Occupe-toi de tes fesses, laisse-moi tranquille") est tout aussi bonne. On est entre le jazz et la soul. Introduction à la flûte, puis chanson assez classique qui démarre, soutenue par de l'orgue et du saxophone. Mais, là encore, il y a un break instrumental, à la batterie d'abord puis encore la flûte, on entend même les musiciens qui s'encouragent, et la chanson prend vraiment une autre dimension.
Je n'ai trouvé aucune de ces deux chansons en ligne, je vous fournis donc les MP3 (en suivant les liens sur les titres ou ci-dessous). Je n'ai trouvé qu'un seul exemplaire en vente en ligne de cette édition française du disque, à 40 € s'il vous plaît, mais il est clair que le vendeur vise les DJs car il s'est dit, comme moi, que les breaks de ce disque pourraient faire le bonheur des échantillonneurs.
J'étais persuadé qu'Audrey était une parfaite inconnue. Ce n'est pas du tout le cas !
Audrey Hall est jamaïcaine et elle a une discographie bien fournie. Elle s'est fait connaître à la fin des années 1960 en chantant en duo avec Dandy Livingstone. En tant que Dandy and Audrey, ils ont notamment eu du succès en 1969 avec Morning side of the mountain, et ont sorti deux albums en 1969 et 1970.
Audrey a ensuite beaucoup travaillé comme choriste dans les années 1970 et 1980, notamment avec sa sœur Pam Hall. Elle a fini par avoir du succès commercialement sous son nom au milieu des années 1980, notamment avec One dance won't do, qui lui a valu de passer à Top of the Pops en 1985.
Getting ready for a heartache est son premier disque solo après l'arrêt du duo avec Dandy. Il est sorti sur un label indépendant anglais, Trend, dont la fabrication et la distribution étaient alors assurés par Philips. Apparemment, seuls deux des disques de Trend ont été diffusés en France, l'autre étant un 45 tours de Consortium.
Trend a été actif de 1968 à 1972. Le label a été fondé par un disquaire londonien, Barry Class, qui a aussi managé les Foundations. Le label donnait plutôt dans le jazz-rock, mais ce disque prouve que sa production pouvait être versatile. La face A est due à deux habitués du label, David Myers et John Worsley, mais la face B est due à Audrey Hall elle-même et, une fois qu'on le sait, on peut en deviner les racines reggae. JE ne serais pas surpris que des musiciens comme ceux du groupe Swegas, alors signé chez Trend, aient participé aux sessions de ce 45 tours.
Un excellent disque jamais réédité. Dans ce genre de cas on se demande toujours comment il a fait pour atterrir à Athis, plus de 45 ans après sa sortie. Mais je ne m'en plains surtout pas ! Au contraire, j'espère continuer à faire d'aussi bonnes découvertes dans les quelques brocs qu'il reste d'ici la fin de cette année.

Audrey : Getting ready for a heartache.
Audrey : M.Y.O.B. Leave me alone.

17 septembre 2017

TRAMEL... LE BOUIF : Que faire ?... Que faire ?...


Acquis chez Emmaüs à Tours-sur-Marne le 9 septembre 2017
Réf : 166.456 -- Édité par Odéon en France dans les années 1930
Support : 78 tours 25 cm
Titres : Que faire ?... Que faire ?... -/- Devinette musicale

L'autre samedi chez Emmaüs, en plus des 45 tours comme celui de Roger Zami, il y avait un carton de 78 tours. Je l'ai regardé vite fait, peut-être trop rapidement d'ailleurs car il y avait dedans plutôt des disques de chansons grivoises que du classique, de l'opérette ou de la musique militaire, ce qu'on trouve le plus souvent dans ce format.
En tout cas, j'ai sélectionné deux disques, celui-ci et un de 1932 de Prior, de L'Empire, avec en face B une "chanson arabe" intitulée Y en a bon en Afrique qui, vous vous en doutez bien, n'a absolument aucun relent raciste !
Une fois rentré à la maison, j'ai cherché en ligne des informations sur ces disques qui, a priori, ne sont pas particulièrement rares. Et là, on se vite compte que le patrimoine discographique français reste fortement délaissé.
Un seul disque est référencé dans le catalogue de la bibliothèque nationale, aucun à la Médiathèque musicale de Paris. Aucun son n'est en ligne sur des sites d'institutions françaises. Sur les sites internationaux, rien sur Archive.org ni Discogs, une seule des quatre faces, la A du Prior, Les filles de Marseille, est en écoute sur YouTube. Clairement, d'un point de vue numérisation et valorisation, on ne traite pas le patrimoine enregistré aussi bien que tout ce qui est imprimé...
Heureusement, on trouve des informations sur la biographie et le parcours de Tramel, alias Félicien Martel (1880-1948), notamment chez Du temps des cerises aux feuilles mortes, où l'on apprend qu'il a enregistré 96 titres, dont 36 monologues et 60 chansons, parmi lesquelles J'ai ma combine et C'est pour mon papa de Georges Milton. Sa discographie complète a été publiée dans la revue Phonoscopies de Gérard Roig, mais malheureusement elle n'est pas reprise en ligne.
Tramel a également fait carrière au théâtre dans quelques comédies musicales, et surtout au cinéma, où il a principalement interprété, en muet et en parlant, de 1922 à 1934, le personnage d'Alfred Bicard dit Le Bouif. Notons que ce personnage du Bouif a été créé dans les pages du Canard enchaîné par Georges de la Fouchardière.
Les deux chansons de ce disque, orchestrées par Albert Valsien, sont légères et très réussies. En moins de 2'30, il y a beaucoup de paroles, que je retranscris ci-dessous, mais les situations sont exposées très rapidement et efficacement, et ensuite ça peut dérouler.
Que faire ?... Que faire ?..., sur des paroles de Georgius, détaille les affres d'un fiancé qui veut plaire à sa future belle-famille. Quand il se met à dérailler devant l'ampleur de la tâche ("Épouser l'contremaître qu'est enceinte d'une moto"), on touche presque au surréaliste.
Devinette musicale, est un exercice de style avec pour trame les dépenses d'un gars pour amener une fille dans son lit. Les paroles sont de Jules Combe et René Sarvil, et chaque couplet se termine par le nom d'un instrument. J'apprécie que d'autres références à des instruments se soient glissées plus discrètement au cœur des couplets : cinq balles, Saxe, corde, diapason.
Au bout du compte, j'ai fait avec ce disque une plongée agréable dans l'histoire de la chanson. Au point que j'ai quelques regrets, et j'essaierai sûrement de voir s'il reste quelques-uns des 78 tours que j'ai laissés lors de ma prochaine visite à Tours-sur-Marne.

Tramel... le Bouif : Que faire ?... Que faire ?....
Tramel... le Bouif : Devinette musicale.

Que faire ?... Que faire ?...
(Paroles de Georgius, Musique de Tremolo)

Je fais la cour à une jeune fille dont j'espère devenir l'époux
Je suis reçu par la famille, les parents sont gentils comme tout
Le père veut me vendre sa bagnole, la mère veut apprendre le piano
La bonniche a une envie folle de s'acheter une grosse moto
Le petit frère joue au ballon, la sœur aînée adore le melon

Que faire ?... Que faire ?... Pour ne pas leur déplaire
Dois-je épouser la fille et racheter l'auto ?
Cultiver des pastèques, apprendre le piano ?
Que faire ?... Que faire ?... Je voudrais tant leur plaire
Dois-je faire du football avec le petit Toto ?
Apprendre à la bonniche à monter en moto ?
Que faire ?... Que faire ?... C'est trop, c'est trop, c'est trop

Au dîner de nos fiançailles, on m'a présenté les cousins
Ils font l'élevage de la volaille et la r'production des lapins
J'ai vu aussi la tante Charlotte, une folle qui joue du saxophone
Son mari qui fait la belote, et l'grand-père qui fait le Charleston
Mon sort je le sens dépend d'eux, ils m'observent et je suis anxieux

Que faire ?... Que faire ?... Pour ne pas leur déplaire
Dois-je acheter la voiture, la bonne ou la moto ?
Cultiver des lapins qui apprendront l'piano ?
Que faire ?... Que faire ?... Je voudrais tant leur plaire
Dois-je élever la tante qui joue du saxophone ?
Épouser une volaille qui fera le Charleston ?
Que faire ?... Que faire ?... C'est trop, ma tête bouillonne

La situation se complique, car le père, un gros commerçant,
A son comptable qui trafique, sa caissière qui a deux amants,
Son contremaître qui pousse des plaintes parce qu'il perd la moitié de ses cheveux
La dactylo qui est enceinte et l'veilleur de nuit qu'est gâteux
Comme plus tard j'aurai la maison, il m'observe avec juste raison

Que faire ?... Que faire ?... Pour ne pas leur déplaire
Dois-je dénoncer l'comptable qu'a deux amants gâteux ?
Cultiver des volailles qui perdent leurs cheveux ?
Que faire ?... Que faire ?... Je voudrais tant leur plaire
Dois-je faire le Charleston, la belote ou l'piano ?
Épouser l'contremaître qu'est enceinte d'une moto ?
Que faire ?... Que faire ?... C'est fou, j'deviens dingo.

Devinette musicale
(Paroles de J. Combe et R. Sarvil, musique d'E. Gavel)

J'vais vous dire une histoire dans laquelle la musique termine chaque couplet avec un instrument.
Vous le devinerez.

Place de la République, je rencontre une jeune fille de 15 à 33 ans
Mais je me dis in petto, qui va sano va... piano

Après des pourparlers, dans un taxi j'l'emballe
Pour le 68 de la rue des Vertus
C'est un restaurant chic à prix fixe, cinq balles
D'où je croyais sortir tous les deux bien repus
Mais dans le fond de nos assiettes, on ne bouffa que des... clarinettes

Pour compléter l'menu, dehors je lui offre encore
Dix sous de cacahuètes chez un marchand de marrons
Une place à trois francs pour voir un film sonore
Mais elle dit, je ne suis pas bête à manger du thon
Puis après m'avoir dit, "Zut !"
Elle veut s'tirer des... flûtes

Je la r'pêche aussitôt et pour lui re-re-plaire
J'lui offre un p'tit café sur le zinc d'un bistrot
Puis, chez un fabricant de casseroles en terre
Un joli vase en porcelaine de Saxe [pour eau]
Mais elle demande au patron
"Voulez-vous m'indiquer où..." piston

Ça m'avait refroidi. Mais bientôt elle m'accorde
De venir avec moi jusque dans ma maison
Et comme, de son cœur, je crois toucher la corde,
Je mets le mien de suite au même diapason
En lui susurrant, mignonne,
Vraiment, vous êtes... trombone

Mais, quand ma dulcinée enfin se mit à l'aise
Quand je fis l'inventaire de ses trésors cachés
Je lui dis, non, c'est samedi, jour de semaine anglaise
Remballe ta marchandise, les bureaux sont fermés
Et je m'enfuis à mon tour
Sans trompette ni... tambour

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